La sécheresse qui touche la Martinique depuis plusieurs mois pèse de plus en plus lourdement sur le monde agricole. Apiculture, arboriculture, banane ou encore productions végétales : plusieurs filières rencontrent désormais d’importantes difficultés. Les premières conclusions de la mission d’enquête menée sur le territoire font notamment état de retards dans le développement des cultures, d’une absence de floraison sur certains arbres et de sols particulièrement secs dans les exploitations bananières, y compris dans certaines zones irriguées.

Face à cette situation, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a annoncé, vendredi 14 août 2026, être prête à activer plusieurs leviers d’accompagnement en faveur des professionnels touchés.

La CTM prépare la mobilisation du FEADER

En sa qualité d’autorité de gestion du FEADER, la CTM indique avoir anticipé la mobilisation du dispositif 73.02-B du Plan stratégique national. Celui-ci permet notamment de financer la reconstitution du potentiel de production affecté par une catastrophe naturelle, avec des interventions pouvant concerner les replantations, le remplacement d’animaux ou encore la reconstruction d’équipements et de bâtiments agricoles.

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Son activation pour la sécheresse actuelle reste toutefois conditionnée à une reconnaissance par l’État de la catastrophe naturelle et à la publication d’un arrêté préfectoral précisant les périodes, les communes et les filières concernées.

Dans l’attente de l’ouverture complète du dispositif sur la plateforme EUROPAC, annoncée d’ici la fin septembre, la Collectivité se dit également en mesure d’organiser un dépôt provisoire des demandes lorsque les conditions réglementaires seront réunies, afin d’éviter de retarder l’accompagnement des professionnels.

La CTM appelle ainsi à une conclusion rapide des expertises en cours et, si les critères sont remplis, à une reconnaissance rapide de l’épisode de sécheresse afin de permettre la mobilisation effective des financements européens.

Catherine Conconne interpelle la ministre de l’Agriculture

Deux jours après le communiqué de la CTM, la sénatrice de Martinique Catherine Conconne a également pris position sur la situation. Dans un courrier adressé dimanche 16 août à Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, elle alerte sur les conséquences qu’elle qualifie de « désastreuses » de la sécheresse sur l’agriculture martiniquaise.

Selon les éléments avancés par la sénatrice, plus de 200 bovins seraient déjà morts faute de fourrage et de pâture, tandis que des maraîchers auraient perdu des cycles entiers de production.

Catherine Conconne prend acte des annonces du Gouvernement concernant une aide d’urgence, mais demande que les mesures retenues soient réellement adaptées aux réalités ultramarines.

Elle souhaite notamment que la réunion des préfets prévue le 27 août pour calibrer le plan national comporte un volet ultramarin clairement identifié. La sénatrice propose également que des réunions préalables soient organisées avec les différentes filières agricoles afin de construire ce volet.

Au-delà de l’urgence, un plan durable réclamé pour l’agriculture

Pour Catherine Conconne, les aides ponctuelles ne suffiront toutefois pas à répondre aux difficultés auxquelles l’agriculture martiniquaise pourrait être confrontée à l’avenir.

La sénatrice estime que les épisodes aujourd’hui considérés comme exceptionnels pourraient devenir plus fréquents avec l’évolution du climat. Elle demande donc que les dispositifs d’urgence soient accompagnés d’un véritable plan de développement durable du modèle agricole martiniquais.

Parmi les pistes évoquées figurent la détermination des ressources en eau réellement mobilisables pour l’agriculture, la construction d’un schéma d’irrigation adapté, le développement des cultures sous serre, mais également une réflexion sur la production et le stockage des fourrages. La mise à disposition de terrains enherbés lors des épisodes de sécheresse fait également partie des propositions.

Catherine Conconne indique avoir proposé à la ministre de recevoir dès la rentrée une délégation martiniquaise afin de travailler sur le calendrier, le contenu et le financement d’un tel plan.

Une agriculture martiniquaise fragilisée par plusieurs mois de sécheresse

Les prises de position de la CTM et de la sénatrice interviennent alors que les expertises se poursuivent sur le terrain. La mission d’enquête consacrée aux conséquences de la sécheresse a été prolongée jusqu’à la fin du mois de septembre afin de couvrir le maximum d’exploitations agricoles.

Pour la CTM, l’enjeu dépasse désormais la seule indemnisation des pertes immédiates. La Collectivité estime que la situation pourrait affecter durablement les capacités de production du territoire et affirme vouloir rester mobilisée aux côtés des agriculteurs, éleveurs et apiculteurs martiniquais.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes, avec la poursuite des expertises, la question de la reconnaissance de l’épisode de sécheresse par l’État et les arbitrages attendus autour des dispositifs d’urgence. En parallèle, la demande formulée par Catherine Conconne pose une question de plus long terme : celle de l’adaptation du modèle agricole martiniquais à des périodes de sécheresse susceptibles de devenir plus fréquentes.