Vingt-cinq ans après l’adoption de la loi Taubira, Serge Letchimy estime que la France reste « au milieu du gué » sur la question mémorielle liée à l’esclavage. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, le président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique appelle l’État français à franchir une nouvelle étape : passer de la reconnaissance à la réparation.

Dans ce texte intitulé « 25 ans d’errance mémorielle », Serge Letchimy rappelle que la loi du 21 mai 2001 avait marqué une rupture historique en reconnaissant officiellement la traite négrière transatlantique et l’esclavage colonial comme crimes contre l’humanité. Mais selon lui, cette avancée reste aujourd’hui insuffisante face aux conséquences encore visibles de cette histoire.

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L’élu martiniquais critique notamment une mémoire qu’il juge fragmentée et parfois symbolique, sans véritable politique publique cohérente derrière les commémorations ou les discours officiels. Il évoque aussi l’abstention récente de la France lors d’un vote à l’ONU portant sur la qualification morale de la traite transatlantique et de l’esclavage racialisé des Africains. Une position qu’il considère comme révélatrice d’une « tension non résolue entre reconnaissance juridique et éthique politique ».

Dans sa lettre, Serge Letchimy revient également sur le futur mémorial national des victimes de l’esclavage prévu au Trocadéro à Paris. S’il reconnaît l’importance symbolique du projet, il estime qu’un mémorial ne peut pas remplacer une véritable politique de justice réparatrice. Selon lui, cette mémoire devrait aussi être construite directement dans les territoires concernés comme la Martinique, la Guadeloupe ou encore la Guyane.

Le président du Conseil exécutif martiniquais plaide désormais pour une nouvelle loi fondée sur le principe de réparation. Il évoque plusieurs axes possibles : éducation, santé, lutte contre les discriminations, patrimoine, coopération avec Haïti et l’Afrique, ou encore soutien aux territoires post-esclavagistes.

Le document s’appuie également sur le plan en dix points de la CARICOM pour la justice réparatrice. Ce programme réclame notamment des excuses officielles des anciennes puissances coloniales, des investissements dans l’éducation, la santé, les institutions culturelles, mais aussi des transferts technologiques et des mesures d’allègement de la dette pour les territoires concernés.

En conclusion, Serge Letchimy appelle la République française à dépasser le simple cadre commémoratif. Pour lui, les 25 ans de la loi Taubira doivent marquer « un passage de la reconnaissance à la réparation ».

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