Alors que la justice a récemment confirmé le non-lieu dans l’enquête sur les responsabilités de l’État dans l’affaire du chlordécone, de nouvelles données rappellent l’ampleur de la contamination aux Antilles.
Santé publique France a dévoilé ce mardi les premiers résultats de l’étude Kannari 2, menée en 2024 en Martinique et en Guadeloupe. Dix ans après la première enquête Kannari, les analyses montrent que le chlordécone reste présent dans l’organisme d’une très large majorité de la population.
En Guadeloupe, 81,3 % des adultes présentent encore des traces détectables de chlordécone dans le sang. En Martinique, cette proportion atteint 85,5 %.
L’étude révèle également que 14,3 % des adultes en Guadeloupe et 18,7 % en Martinique dépassent la Valeur Toxicologique de Référence interne fixée par les autorités sanitaires. Au-delà de ce seuil, un risque pour la santé ne peut être totalement exclu.
Des populations plus exposées que d’autres
Les chercheurs ont identifié plusieurs catégories particulièrement concernées par cette exposition.
Les hommes âgés de plus de 50 ans, les pêcheurs, les travailleurs agricoles ainsi que les habitants des zones contaminées présentent les niveaux d’imprégnation les plus élevés.
En Martinique comme en Guadeloupe, les personnes vivant dans des secteurs contaminés enregistrent des concentrations moyennes deux à trois fois supérieures à celles observées dans les zones non contaminées.
Les résultats montrent également que l’exposition augmente avec l’âge, traduisant les effets d’une contamination qui s’inscrit dans la durée.
L’alimentation toujours au cœur de l’exposition
Selon Santé publique France, la principale source d’exposition demeure la consommation de poissons, crustacés et mollusques marins.
L’étude souligne également que les personnes s’approvisionnant via des circuits informels, échappant aux contrôles sanitaires, présentent des niveaux d’imprégnation plus importants.
À l’inverse, aucune association significative n’a été observée avec la consommation de légumes-racines, d’œufs ou d’eau du robinet chez les adultes interrogés.
De nouvelles analyses attendues
Les résultats publiés ce jour ne constituent qu’une première étape. Santé publique France prévoit de nouvelles publications au cours du premier semestre 2027 afin d’étudier l’exposition à d’autres polluants environnementaux, notamment certains pesticides et métaux lourds.
Ces futures analyses devront également permettre de mieux comprendre les comportements, les habitudes alimentaires et les facteurs sociaux qui influencent encore aujourd’hui l’exposition des populations antillaises.