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Réforme des retraites : pourquoi les professeurs sont-ils autant mobilisés en Martinique ?

Depuis plusieurs semaines, les professeurs sont fortement mobilisés en Martinique contre la réforme des retraites. Mais pourquoi sont-ils autant mobilisés ? L'explication.

C’est sur les réseaux sociaux que Valérie Vertale-Loriot secrétaire syndicale SNES-FSU et enseignante tente d’expliquer la mobilisation massive des professeurs depuis plusieurs semaines contre la réforme des retraites. Pour rappel, certains élèves n’ont plus été en cours depuis plus d’un mois en Martinique.

« Voilà maintenant 3 semaines que nous sommes engagés en Martinique dans un mouvement massif contre la réforme des retraites. Et nous entendons et lisons tous des horreurs nous concernant, des horreurs qui touchent un certain nombre d’entre nous, profs surtout, mais pour lesquelles il nous faut apporter des éclairages.

Pourquoi les profs sont les plus mobilisés? Parce que c’est eux qui perdent le plus avec ce nouveau système à points. Entre 300 et 800 euros de perte sur les pensions. Pourquoi? Parce que dans ce nouveau système qui inclut désormais les primes, les profs perdent beaucoup car ce sont des agents qui perçoivent le moins de primes dans la fonction publique. Moins de primes, moins de pension, c’est mécanique.

Cette réforme concerne t-elle seulement les profs? Certainement que non! Elle concerne tous les salariés, du public comme du privé. Tout le monde va y perdre! Est-ce acceptable que le gouvernement truque les calculs? Est-ce acceptable de donner 3 semaines au Conseil d’état pour étudier la plus grande réforme du système de retraite depuis 1945, tout ça en proposant 5 textes différents en 3 semaines? Est-ce acceptable que le Ministre Blanquer de l’Education nationale ait promis des augmentations de salaires que le Conseil d’état a déclarées « contraires à la constitution »? Je vous laisse seuls juges.

Venons-en à la Martinique. Pourquoi l’éducation en est-elle à ce niveau de mobilisation ?

Déjà parce que les organisations syndicales ont réussi le pari de conscientiser les collègues sur les conséquences catastrophiques de cette réforme. Parce qu’il s’agit aussi pour nous de nous battre pour la société martiniquaise dans son ensemble, bien conscients que certains travailleurs ne peuvent pas le faire. Parce que nous sommes des idéalistes, et que nous devons nous battre pour une société meilleure, pour nos jeunes qui nous sont confiés au quotidien auxquels nous voulons transmettre une société plus juste. Enfin parce que nous sommes conscients que dans ce contexte économique catastrophique de notre pays où les profs et les fonctionnaires de manière globale sont souvent des soutiens de familles, il serait dramatique que notre société toute entière pâtisse de cette réforme.

Où en est-on aujourd’hui? Oui, les établissements sont bloqués. Personne n’y gagne. Ni nous, ni nos élèves, ni les parents. Faire grève, c’est compliqué, c’est fatigant, c’est usant. Faire grève c’est ne pas dormir parce que tous les jours nous pensons à nos programmes, à nos élèves, à leur réussite. Faire grève c’est avoir contre nous tout le monde. Certains voudraient nous opposer aux parents. Et ils ont tort.

Désolée de vous dire que les associations de parents sont avec nous. Les 2 majeures: UPEM et FCPE. Oui, j’ai dit publiquement à l’UPEM de rester à sa place. Oui, l’UPEM avait outrepassé ses droits, et non je n’ai strictement aucun problème avec Gérard Laguerre, Joey Arneton ( tous deux de l’Upem) et Claude Bertrac (de La FCPE) avec qui j’échange presque quotidiennement. Je comprends leur pression, la pression des parents (qui pour certains ne sont qu’animés de leur volonté de voir la garderie rouvrir, heureusement, ils sont minoritaires), mais eux aussi ils comprennent la nôtre. Celle qui nous fait dire que nous refusons cette société qui va faire des travailleurs des pensionnés miséreux.

Nous avons été reçus par 80% des parlementaires qui nous soutiennent dans nos démarches et qui comprennent la lutte. Bien sûr que le blocage des établissements est un problème, mais ceux qui nous ont reçus comprennent et vous avez d’ailleurs tous lu les courriers qu’ils ont fait notamment au Ministre Blanquer. Nous avons aussi été auditionnés par la mission de l’Assemblée Nationale qui s’occupe de la retraite dans les Outremers. L’intersyndicale a signifié son refus de la réforme, et le travail des députés est en cours.

C’est quoi un mois sans cours par rapport à une société en danger ?

En plus, presque tous les collègues sont en lien constant avec les élèves et les familles pour ne pas pénaliser notre jeunesse pour laquelle nous nous battons au quotidien sans moyens. Exercices, cours, corrections sont envoyés quotidiennement aux élèves et aux familles. C’est quoi un mois alors que nos anciens se sont battus pendant 62 jours en 1953 contre l’injustice qui consistait à verser les 40% de vie chère seulement aux fonctionnaires français?

J’appelle les uns et les autres à se calmer, à amplifier la lutte partout où c’est possible, et surtout de grâce, à ne pas monter les martiniquais les uns contre les autres, à ne pas se ranger du côté de la meute.

Enfin, je tiens à dire que si certains veulent personnaliser le conflit en me pointant du doigt, ils ont tout faux. Nous prenons toutes nos décisions en intersyndicale.
Haïr, c’est dépendre.

Valérie VERTALE-LORIOT »

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