L’Assemblée nationale a adopté définitivement, ce mardi 2 juin 2026, la proposition de loi visant à reconnaître la responsabilité de l’État dans les conséquences sanitaires, environnementales et économiques liées à l’utilisation du chlordécone en Martinique et en Guadeloupe.
Porté par le député guadeloupéen Élie Califer et son groupe parlementaire, ce texte marque une nouvelle étape dans la reconnaissance des préjudices subis par les populations antillaises à la suite de l’utilisation de ce pesticide entre 1972 et 1993.
La loi prévoit notamment la reconnaissance de la responsabilité de l’État, le renforcement des mécanismes d’indemnisation des victimes, le soutien aux secteurs agricoles et de la pêche touchés par la pollution, ainsi que la poursuite des efforts de recherche et de dépollution des sols et des eaux.
Utilisé pour lutter contre le charançon noir du bananier malgré les alertes sur sa toxicité, le chlordécone demeure aujourd’hui présent dans l’environnement. Ses conséquences continuent d’affecter durablement les territoires antillais, tant sur le plan sanitaire qu’économique.
Selon les données citées par les élus ultramarins, plus de 90 % des habitants de Martinique et de Guadeloupe présentent des traces de chlordécone dans le sang. Plusieurs études scientifiques ont également mis en évidence un lien entre l’exposition à cette substance et le développement du cancer de la prostate, dont les taux figurent parmi les plus élevés au monde dans les deux territoires.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a salué une avancée attendue depuis de nombreuses années. Elle a toutefois rappelé que cette adoption ne constitue qu’une étape et qu’elle devra désormais se traduire par des mesures concrètes pour les victimes.
Dans cette perspective, une mission d’inspection interministérielle a été lancée afin de proposer de nouvelles pistes d’amélioration des dispositifs d’indemnisation. Un colloque scientifique consacré au chlordécone se tiendra également du 23 au 25 juin prochain à l’Université des Antilles en Martinique, réunissant chercheurs, experts et acteurs de terrain.
Cette loi s’inscrit dans le prolongement de la Stratégie Chlordécone engagée par l’État depuis 2018. D’ici 2030, 130 millions d’euros doivent être mobilisés pour financer les actions de recherche, de prévention, d’accompagnement et de réparation, dont près de 40 % consacrés à la recherche scientifique.
Réagissant à cette adoption, Serge Letchimy a estimé que ce vote constitue une étape importante dans la reconnaissance des responsabilités liées à ce dossier. Il a salué le travail mené par le député Élie Califer et rappelé la nécessité de poursuivre les efforts afin d’obtenir une réparation effective pour l’ensemble des victimes concernées.
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