Début juin 2026. Il est environ 3 heures du matin lorsque le téléphone d’une jeune femme sonne. Elle décroche. Au bout du fil, une amie lui demande de regarder immédiatement son téléphone.

Elle découvre alors que des photos et vidéos intimes la concernant circulent sur Telegram.

Selon son témoignage, ses images se retrouvent dans plusieurs groupes. Deux d’entre eux comptent plus de 2 500 abonnés. Un autre espace, présenté comme « VIP », fonctionne avec un accès payant : plusieurs dizaines d’euros sont demandées aux utilisateurs souhaitant le rejoindre et consulter davantage de photos et de vidéos.

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Pour la jeune femme, la découverte est brutale. Elle n’a jamais donné son consentement pour que ces contenus soient rendus accessibles à des centaines, voire des milliers d’inconnus.

Des photos initialement partagées dans un cadre privé

La première victime explique que les photographies concernées avaient été envoyées à une personne qui partageait sa vie à l’époque.

Une relation dans laquelle elle avait confiance. Les images étaient destinées à rester strictement privées.

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Après leur séparation, selon son récit, les photos ont fini par fuiter avant de se retrouver diffusées dans différents espaces sur Telegram.

La jeune femme indique avoir déposé plainte. Au moment où nous écrivons cet article, elle dit n’avoir reçu aucune information concernant les suites de la procédure.

Son témoignage n’est cependant pas un cas isolé.

« J’avais entre 15 et 16 ans »

La seconde femme interrogée par ZayActu raconte une histoire différente. Elle était encore mineure lorsque ses photographies ont commencé à circuler.

« J’avais entre 15 et 16 ans. Je faisais mes photos pour moi. Je n’ai jamais envoyé de photos à personne. »

Elle explique que son compte Snapchat a été piraté. Elle est finalement parvenue à récupérer son accès, mais des photographies privées enregistrées sur le compte avaient entre-temps été récupérées.

Les images se sont ensuite retrouvées en circulation sans son consentement.

La victime décrit également un véritable système permettant de monétiser ces contenus. Quelques photographies dénudées étaient utilisées pour attirer les internautes. Ceux qui souhaitaient accéder au reste devaient payer pour rejoindre un groupe Telegram réunissant plusieurs centaines de membres.

« Ça fait aujourd’hui six ans que mes photos tournent »

Six ans après les premiers faits, la jeune femme affirme que ses images continuent de circuler.

« Ça fait aujourd’hui six ans que mes photos tournent. »

Derrière cette phrase se cachent des conséquences qui ont profondément marqué sa vie.

Elle raconte être tombée en dépression et avoir subi du harcèlement ainsi que du cyberharcèlement. La situation l’a également poussée à changer le nom de sa page Instagram.

Une plainte a été déposée au commissariat de Fort-de-France il y a plusieurs mois. Là encore, la victime indique être toujours dans l’attente d’informations concernant les suites données à son signalement.

Des victimes qui pourraient ignorer que leurs images circulent

Le phénomène pourrait concerner bien davantage de personnes.

La seconde femme interrogée affirme avoir identifié de nombreuses autres femmes et jeunes filles dont les images se retrouvent dans ces espaces. Selon elle, certaines ne savent probablement même pas qu’elles sont victimes.

C’est l’une des difficultés majeures de ce type de diffusion.

Une photo publiée dans un groupe peut être enregistrée en quelques secondes, envoyée dans une autre conversation, stockée sur différents appareils puis remise en circulation plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.

Supprimer une publication à son emplacement d’origine ne garantit donc pas la disparition des différentes copies.

ZayActu a consulté l’un de ces groupes Telegram

Dans le cadre de cette enquête, ZayActu a pu accéder à l’un des groupes Telegram concernés.

Nous y avons constaté la présence de nombreuses photos et vidéos compromettantes mettant en scène des jeunes femmes.

Plus préoccupant encore, des contenus concernant des personnes mineures ou présentées comme telles circulent également dans cet espace.

ZayActu a fait le choix de ne publier aucune de ces images. Nous ne communiquerons pas non plus les noms des groupes, les liens permettant d’y accéder ou toute information susceptible de faciliter leur recherche.

Il s’agit à la fois de protéger les victimes et de ne pas contribuer à une nouvelle propagation de ces contenus.

La présence d’images de mineurs rend la situation particulièrement grave

La circulation de contenus sexuels impliquant des mineurs constitue une infraction particulièrement grave.

Le Code pénal français sanctionne notamment la fixation, l’enregistrement ou la transmission d’une image ou représentation à caractère pornographique d’un mineur dans les conditions prévues par la loi.

La diffusion de tels contenus, notamment lorsqu’elle intervient par l’intermédiaire d’un réseau de communications électroniques, est également lourdement sanctionnée.

Leur détention ou leur consultation dans certaines circonstances peut aussi constituer une infraction.

Face à ce type de contenu, il ne faut donc ni télécharger, ni enregistrer, ni transférer les fichiers.

Envoyer une photo intime ne signifie pas accepter sa diffusion

L’un des points essentiels de ces témoignages concerne également la notion de consentement.

Accepter d’envoyer une photographie intime à quelqu’un ne signifie jamais autoriser sa diffusion à d’autres personnes.

Une photo peut avoir été réalisée volontairement et envoyée dans le cadre d’une relation privée. Son destinataire n’est pas pour autant autorisé à la publier, la transmettre à des tiers, la vendre ou la mettre à disposition dans un groupe.

La législation française sanctionne la diffusion sans consentement d’images ou d’enregistrements à caractère sexuel, y compris lorsque la personne avait initialement accepté leur réalisation ou leur transmission.

Le second témoignage montre une autre situation : la victime assure n’avoir jamais envoyé ses photographies. Celles-ci ont, selon elle, été récupérées après le piratage de son compte Snapchat alors qu’elle était mineure.

Ne pas envoyer ses photos ne protège pas totalement d’un piratage

Ces deux histoires rappellent que les risques ne se limitent pas au partage volontaire d’une photographie.

Par précaution, il reste préférable de ne jamais envoyer de photo ou vidéo intime permettant de vous identifier, même dans le cadre d’une relation de confiance.

Mais un fichier conservé uniquement pour soi peut également être compromis.

Téléphone, Snapchat, messagerie, cloud ou compte sur un réseau social : dès lors qu’un contenu est enregistré sur un appareil ou un service connecté, le piratage du compte peut permettre à un tiers d’y accéder.

Il est donc recommandé d’utiliser un mot de passe unique et complexe pour chaque compte, d’activer l’authentification à deux facteurs et de contrôler régulièrement les appareils ou sessions connectés.

Pour les mineurs, la prudence doit être maximale concernant la création, la conservation et l’envoi de contenus intimes.

Que faire lorsque ses photos ou vidéos sont diffusées ?

Lorsqu’une personne découvre que ses images circulent sur Telegram ou une autre plateforme, il est important d’agir rapidement, sans participer elle-même à leur propagation.

Avant la disparition éventuelle du groupe ou des publications, certains éléments peuvent être conservés afin de documenter les faits : nom du groupe, pseudonymes utilisés, date et heure des publications, liens permettant de les localiser ou captures montrant le contexte.

Ces informations peuvent ensuite être transmises aux enquêteurs lors d’un dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie.

Les publications doivent également être signalées à la plateforme concernée.

PHAROS et le 3018 pour signaler et obtenir de l’aide

Les contenus et comportements potentiellement illicites accessibles sur Internet peuvent être signalés sur PHAROS, la plateforme officielle française de signalement des contenus illicites en ligne.

Pour une personne directement victime, le signalement sur PHAROS ne remplace pas le dépôt de plainte.

Le 3018 peut également accompagner les jeunes victimes de violences numériques, notamment en matière de cyberharcèlement ou de diffusion non consentie de contenus intimes.

Les victimes peuvent également se rapprocher d’associations spécialisées dans l’aide aux victimes ou d’un professionnel du droit afin d’être accompagnées dans leurs démarches.

Ne pas transférer une photo pour prévenir la victime

Reconnaître une connaissance dans un groupe peut donner envie de télécharger la photographie avant de la lui envoyer pour la prévenir.

Ce réflexe est à éviter.

Chaque téléchargement et chaque transfert créent potentiellement une nouvelle copie du contenu.

Il est préférable de prévenir la personne concernée en lui communiquant les informations nécessaires pour localiser et signaler la publication, sans lui renvoyer son image intime.

Cette précaution devient impérative lorsqu’un contenu à caractère sexuel semble concerner un mineur : il ne faut ni le télécharger, ni le conserver, ni le transférer.

Publier ces images sur d’autres réseaux sociaux pour dénoncer leur circulation est également à proscrire. Une telle démarche expose une nouvelle fois les victimes.

Six ans après, des images continuent de circuler

Les deux témoignages recueillis par ZayActu racontent deux situations distinctes.

Dans le premier cas, des photographies envoyées dans le cadre d’une relation privée ont fini, selon la victime, par se retrouver sur Telegram après une séparation.

Dans le second, une adolescente qui conservait ses photos pour elle affirme qu’elles ont été récupérées lors du piratage de son compte Snapchat.

Dans les deux situations, les victimes ont perdu le contrôle de contenus qui relevaient de leur intimité.

Et une fois les fichiers disséminés entre plusieurs centaines ou milliers de téléphones, leur disparition complète devient extrêmement difficile.

Pour l’une des femmes interrogées, six années se sont écoulées depuis les premières diffusions. Ses photos, assure-t-elle, circulent encore aujourd’hui.

Derrière ces groupes, ces téléchargements et ces transferts se trouvent pourtant des personnes qui peuvent subir pendant des années les conséquences d’un simple clic.