Octobre est un mois particulièrement dense en campagnes de prévention et en mobilisations autour de la santé publique et de la santé mentale. Depuis six ans, l’association Zétwal An Syèl mène un combat pour briser le silence autour du deuil périnatal.
Un sujet qui concerne les parents confrontés à la perte d’un bébé pendant la grossesse ou autour de la naissance, mais aussi toute une famille. Car derrière la douleur des parents, il y a parfois des frères et sœurs qui attendaient impatiemment l’arrivée du bébé, des grands-parents qui vivent leur propre chagrin et des proches qui ne savent pas toujours comment réagir.
Avec Konstelasyon, l’association a souhaité répondre à une difficulté souvent rencontrée par les familles : trouver les mots pour expliquer la mort aux enfants.

L’association a progressivement contribué à faire émerger ce sujet dans le débat public, à travers des campagnes de sensibilisation, des groupes de parole, des actions auprès des professionnels de santé et un plaidoyer constant en direction des pouvoirs publics.
Son ambition : faire reconnaître le deuil périnatal comme un véritable enjeu de santé publique, nécessitant un accompagnement adapté des familles.
Quatre familles martiniquaises à l’origine du projet
L’aventure débute en 2023, lorsque Zétwal An Syèl lance un appel à participation auprès de familles ayant vécu un deuil périnatal.
Quatre familles acceptent de partager leur histoire et de participer, avec leurs enfants, à des ateliers d’écriture. Pour transformer ces témoignages en récits accessibles aux plus jeunes, l’association fait appel à deux autrices : Laëtitia Juraver, autrice et poète, et Katy François, psychologue pour enfants et autrice jeunesse.
Un travail délicat, puisqu’il fallait préserver la sincérité de ces histoires tout en trouvant les mots justes pour les raconter à hauteur d’enfant.
Lors de la présentation, Laëtitia Juraver est revenue sur la nécessité de créer une « bulle d’intimité bienveillante », afin de permettre aux familles de livrer leurs expériences dans un climat de confiance.
L’illustratrice Astrid Bonard a ensuite donné vie à ces récits en s’inspirant notamment des dessins réalisés par les enfants. Chaque histoire possède son univers, ses couleurs et ses symboles.
Le résultat : six histoires réunies dans un album illustré, profondément ancré dans les paysages et les sensibilités antillaises.
Une lecture particulièrement émouvante
L’un des moments marquants de la soirée a été la lecture de La petite étoile dans nos cœurs, un récit inspiré de l’histoire de Julien, l’un des pères ayant participé au projet.

Interprété par Guillaume Ruffin, le texte raconte le dialogue entre un père et son fils Liam, auquel il explique la mort de son petit frère Noam.
À travers leurs échanges, le récit aborde les questions que peuvent se poser les enfants, les difficultés rencontrées par les parents pour annoncer la disparition d’un bébé, mais aussi l’importance de préserver son souvenir.
Invité à réagir après cette lecture, Julien n’a pas caché son émotion. Entre tristesse et fierté, il a exprimé ce que représentait pour lui le fait de partager son histoire avec d’autres familles.
Une séquence particulièrement forte qui a donné tout son sens à ce projet collectif. Ce moment résumait à lui seul l’ambition de Konstelasyon : transformer une expérience intime en une ressource collective, sans jamais perdre de vue les personnes qui en sont à l’origine.
Pourquoi est-il important d’en parler aux enfants ?
Par peur de les faire souffrir, certains adultes préfèrent parfois taire la disparition d’un bébé. Mais le silence ne signifie pas nécessairement que l’enfant ne comprend pas ou ne ressent rien.
Katy François, psychologue et coautrice de l’ouvrage, a rappelé que les enfants sont capables d’aborder la question de la mort, dès lors qu’on utilise un vocabulaire adapté à leur âge.

Konstelasyon n’est donc pas un livre à laisser lire seul à un enfant. Il est destiné à être partagé avec un parent ou un adulte, afin d’ouvrir le dialogue et de permettre aux plus jeunes d’exprimer leurs émotions, leurs souvenirs et leurs interrogations.
Un cahier du souvenir, élaboré avec la maison d’édition YEKRIK, accompagne cette démarche. Il propose des jeux, des dessins et des exercices pédagogiques pour prolonger les échanges après la lecture.
Un projet déjà récompensé à l’échelle nationale
Soutenu notamment par l’ARS Martinique, la CAF Martinique, la DRAJES, GFA Caraïbes et le fonds de dotation national eiG, Konstelasyon a déjà obtenu une distinction nationale assortie d’une dotation de 11 000 euros.
Le projet est également finaliste des Trophées du Funéraire 2026, dans la catégorie « Consolation ».
Présent au lancement, Guillaume Gobenceaux, directeur général adjoint de l’ARS Martinique, a salué une initiative à la fois concrète, innovante et utile pour accompagner les familles.
La soirée s’est achevée par des échanges et des dédicaces, avec de nombreux exemplaires vendus.
Un premier tirage de 500 livres a été réalisé, que l’association souhaite augmenter afin d’élargir la diffusion en Martinique, mais aussi en Guadeloupe, en Guyane et dans l’Hexagone.
Rendez-vous le 17 octobre pour les Assises du deuil périnatal
Ce lancement s’inscrit dans le cadre d’Octobre Rose & Bleu, une mobilisation menée par Zétwal An Syèl pour sensibiliser la population au deuil périnatal.
Après la Journée mondiale de sensibilisation du 15 octobre, l’association organisera les 3es Assises régionales du deuil périnatal, samedi 17 octobre, à l’IMS de Mangot Vulcin.

Cette édition sera consacrée au thème « Deuil périnatal, deuil familial : la place de l’entourage et des ressources d’accompagnement ».
Au programme : tables rondes, témoignages, ateliers familiaux et rencontres avec les professionnels permettront d’explorer les différentes dimensions de ce deuil familial.
Des ateliers autour de Konstelasyon offriront également aux enfants et à leurs parents un espace pour expérimenter ce nouvel outil.
Un événement gratuit et ouvert à tous, car le deuil périnatal peut concerner chacun d’entre nous, dans notre vie personnelle comme professionnelle.
Pour Zétwal An Syèl, le message reste le même depuis six ans : briser le silence, continuer à parler du deuil périnatal et permettre aux familles de se sentir mieux comprises et accompagnées.
Parce que lorsqu’un bébé disparaît, ce n’est pas seulement une naissance qui n’aura pas lieu. C’est toute une histoire familiale qui doit apprendre à continuer de s’écrire.
Une mobilisation qui se poursuivra tout au long du mois d’octobre
Le lancement de Konstelasyon s’inscrit dans le programme Octobre Rose & Bleu 2026, porté par Zétwal An Syèl.
Parmi les prochains temps forts :
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15 octobre – Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal : mobilisation du grand public autour de l’appel « Tous vêtus de rose & bleu ».
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17 octobre – 3es Assises régionales du deuil périnatal : une journée de rencontres, de tables rondes et d’ateliers à l’IMS de Mangot Vulcin, consacrée cette année à la place de l’entourage dans le deuil périnatal, avec notamment des ateliers destinés aux familles autour de Konstelasyon.





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