La crise des transports en Martinique franchit un nouveau cap. Depuis le 17 mars 2026, une grande partie du réseau est à l’arrêt dans le centre de l’île, notamment sur le territoire de la CACEM. Bus immobilisés, TCSP bloqué, lignes suspendues : des dizaines de milliers d’usagers se retrouvent privés de mobilité au quotidien.
Une paralysie qui s’installe et s’étend
Ce blocage prolongé affecte directement les communes les plus peuplées, Fort-de-France, Le Lamentin, Schœlcher et Saint-Joseph. L’impact dépasse désormais ce périmètre, avec des répercussions sur l’ensemble du territoire.
Du côté des salariés de Transaglo, à l’origine du mouvement, les revendications portent principalement sur des revalorisations salariales. Initialement fixée à 300 euros, la demande a été revue à 150 euros, un montant présenté comme un compromis partiel face aux pertes accumulées depuis plusieurs mois.
Le conflit met en lumière un enchevêtrement de responsabilités entre l’entreprise, le délégataire Martinique Transport et la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), accusés par les grévistes de se renvoyer la charge du dossier.
Des prises de position politiques qui se multiplient
Face à la situation, plusieurs responsables politiques ont pris la parole.
Le groupe “La Martinique Ensemble” appelle à une reprise immédiate des négociations, tout en reconnaissant la légitimité du droit de grève. Il pointe cependant une disproportion entre un conflit salarial et la paralysie totale d’un service public essentiel, impactant près de 170 000 habitants.
De son côté, la députée Béatrice Bellay dénonce une situation “inacceptable”, évoquant un abandon des usagers et une défaillance grave dans l’organisation du service public. Elle insiste sur les obligations légales en matière de continuité, d’information et d’anticipation des conflits, estimant que celles-ci ne sont pas respectées.
Elle appelle notamment à :
- un plan de continuité immédiat,
- la reprise urgente des négociations,
- une implication plus forte de l’État,
- et une responsabilisation de l’ensemble des acteurs.
Une colère des usagers de plus en plus visible
Sur le terrain, la situation devient difficilement tenable. Les témoignages se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux.
Certains usagers dénoncent des conditions de vie dégradées, évoquant des trajets quotidiens compliqués pour accompagner leurs enfants à l’école ou se rendre au travail, dans un contexte d’absence totale de solutions alternatives.
Ce sentiment d’abandon alimente une frustration croissante. La population, déjà fragilisée, subit de plein fouet les conséquences de cette paralysie : emplois menacés, rendez-vous médicaux annulés, isolement accru pour les plus vulnérables.
Un conflit social aux multiples enjeux
Au-delà de la revendication salariale, cette crise révèle des dysfonctionnements plus profonds :
- une organisation du transport fragilisée,
- un déficit structurel du système,
- une gouvernance contestée,
- et une absence de coordination en situation de crise.
Les grévistes, eux, dénoncent un manque de respect et exigent l’application des engagements pris. Ils appellent à la solidarité, estimant mener un combat qui dépasse leur seule situation professionnelle.
Une issue toujours incertaine
Alors que les appels au dialogue se multiplient, aucune sortie de crise concrète ne se dessine à ce stade. Entre pression politique, mobilisation sociale et exaspération populaire, la situation reste bloquée.
Le risque désormais évoqué par plusieurs observateurs : voir la colère des usagers se transformer en mouvement plus large.










