Abd Al Malik poursuit son travail de mémoire avec Furcy, né libre, un long métrage ambitieux qui revient sur l’un des procès les plus emblématiques de l’histoire de l’esclavage français. L’action se déroule en 1817, sur l’île de La Réunion. À la mort de sa mère, Furcy, esclave domestique, met la main sur des documents prouvant qu’il aurait dû être libre de naissance. Une découverte qui bouleverse son existence et l’engage dans une bataille judiciaire hors normes.
Plutôt que de choisir la fuite ou la révolte armée, Furcy décide d’affronter le système sur son propre terrain, celui du droit. Aidé par un procureur abolitionniste, il entame un combat long de plusieurs décennies pour faire reconnaître son statut d’homme libre. Une démarche rare pour l’époque, qui place le colonisateur face à ses propres contradictions juridiques et morales.

Porté par Makita Samba, dont le jeu repose sur le silence, le regard et la retenue, le film met en lumière la force tranquille d’un personnage qui résiste sans jamais renoncer à sa dignité. Autour de lui, Romain Duris incarne l’avocat obstiné et engagé, tandis que Vincent Macaigne compose un personnage d’esclavagiste complexe, loin de toute caricature. Ana Girardot complète ce casting avec une figure féminine à la fois réelle et symbolique.
Sur le plan de la mise en scène, Abd Al Malik construit son film comme une succession de tableaux. De La Réunion à l’île Maurice, puis jusqu’aux tribunaux parisiens, chaque lieu possède sa propre atmosphère visuelle et émotionnelle. La photographie, la musique scandée et le travail sur la parole donnent au récit une tension presque théâtrale, transformant le procès en véritable suspense judiciaire.
Au-delà du récit historique, Furcy, né libre résonne fortement avec les enjeux contemporains. Le film questionne le rapport au droit, à l’égalité et au temps long, à l’opposé de l’immédiateté dominante. Il rappelle que certaines conquêtes fondamentales nécessitent patience, persévérance et foi dans les institutions, même lorsqu’elles semblent défaillantes.
À la fois film populaire et œuvre politique, Furcy, né libre s’inscrit dans une démarche de transmission et de réconciliation. Abd Al Malik ne cherche pas à accuser, mais à comprendre, à interroger et à rappeler que l’histoire de l’abolition de l’esclavage est aussi celle de femmes et d’hommes qui ont osé croire en la justice. Un film nécessaire, qui éclaire le passé pour mieux questionner le présent.









